Cette nourriture oubliée faisait pourtant partie du quotidien des premiers Européens
Accrochez vos baguettes et sauce soja, car les algues ne sont pas qu’une affaire de sushis ou d’assiettes exotiques venues d’Asie. Les Européens d’antan, eux, les croquaient à pleine dent… parfois, littéralement. Récente découverte archéologique à l’appui, il est temps de renouer avec un patrimoine culinaire tombé dans l’oubli. Qui aurait cru qu’on a longtemps rangé au rayon fourrage ce qui fut jadis un aliment-phare ?
Quand les algues régnaient sur la table des anciens Européens
Durant la grande transition du Néolithique vers l’agriculture, et jusqu’au début du Moyen Âge, les algues et d’autres plantes aquatiques faisaient partie intégrante du menu de nos ancêtres européens. À cette époque, elles n’avaient pas encore sombré dans l’oubli – ou la soupe pour animal affamé, comme c’est arrivé des siècles plus tard. Ces végétaux locaux, foisonnant dans les eaux douces comme salées du vieux continent, étaient un pilier de leur alimentation quotidienne.
Cependant, leur image s’est lentement dégradée. Au XVIIIe siècle, en Europe, les algues étaient surtout considérées comme de la nourriture de famine, voire du fourrage pour le bétail. Quant à leur présence sur les sites archéologiques, on la mettait souvent sur le compte d’une utilisation variée – combustible, engrais ou emballage –, mais guère comme met de choix pour l’Homo sapiens européen. Il n’en était pourtant rien, comme le démontre une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Communications le 17 octobre 2023.
Enquête sur la plaque : les dents dévoilent le menu antique
Heureusement pour les archéologues (et un peu moins pour nos aïeux, qui ignoraient les joies du fil dentaire), la plaque dentaire fossilisée offre un carnet de bord alimentaire inestimable. Entre protéines salivaires, résidus et bactéries oubliés là pendant des millénaires, les chercheurs parviennent à exhumer ce qui faisait office d’entrée, plat ou dessert.
- L’analyse porte sur soixante-quatorze humains, ayant vécu entre 2 000 et 8 000 ans, provenant de vingt-huit sites archéologiques dispersés du nord de l’Écosse au sud de l’Espagne, en passant par la Lituanie.
- Sur trente-sept échantillons de plaque dentaire, vingt-six présentent des traces d’algues marines, d’algues d’eau douce et de plantes aquatiques.
- La découverte résulte de la présence de biomarqueurs très résistants grâce à la chimie organique particulière, inhabituelle et complexe de ces végétaux.
Les chercheurs y ont identifié des algues rouges, vertes, brunes, des potamots (végétaux d’eau fraîche), et même un parent du nénuphar. Certaines dents espagnoles, vieilles de près de six mille ans et trouvées à 80 kilomètres de la mer, prouvent qu’on n’hésitait pas à parcourir du chemin pour agrémenter son repas de ces curiosités iodées. Préparées crues ou cuites ? Mystère, les scientifiques ignorent la réponse… mais ils savent au moins qu’il y avait du mâchouillage de végétaux aquatiques.
Un indispensable oublié : et si les algues redevenaient tendance ?
L’étude menée par les équipes de l’université de Glasgow et de York bouscule certains préjugés. Stephen Buckley, l’un des chercheurs, défend une idée simple : il paraît logique que les anciens Européens aient fait de ces plantes un pilier de leur alimentation. Après tout, elles étaient facilement disponibles sur les littoraux et offraient des bienfaits dignes des superaliments d’aujourd’hui.
En 2023, sur plus de 10 000 espèces d’algues marines existant dans le monde, seules 145 sont consommées, surtout en Asie. En Europe, elles sont quasi absentes de nos fourchettes, alors même que leur valeur nutritive est reconnue et qu’elles étaient à la mode jusque vers le début du Moyen Âge. Aujourd’hui, on ne cesse pourtant de vanter leur croissance rapide, leur abondance et leur richesse en vitamines et minéraux essentiels… Bref, une véritable potion magique pour nos organismes fatigués de plats trop industrialisés.
- Riches en nutriments
- Considérées comme “superaliments”
- Abondantes et à la croissance rapide
- Grands bienfaits pour la santé
Conclusion : l’appel du large… et de la redécouverte
Alors, et si le futur de l’alimentation européenne passait par un retour au passé ? L’équipe d’archéologues espère que cette étude donnera envie de remettre les algues et autres plantes aquatiques au centre de nos assiettes. Car, qui sait, peut-être le secret d’une alimentation plus saine, locale et originale se trouve-t-il caché sur nos côtes… ou incrusté dans les dents de nos ancêtres ! N’hésitez plus à regarder au-delà des classiques : nos lointains cousins néolithiques l’avaient bien compris, eux.





